samedi 6 février 2010 10:31
« Lost », dernière communion
Aux Etats-Unis, le début de l’ultime saison déclenche les passions.
par Lorraine Millot
tag : séries
Cène culte - DR
De notre correspondante à Washington Même ceux qui ont échappé aux 103 épisodes précédents, qui n’ont jamais réussi à s’intéresser au vol Oceanic 815, ne se sont jamais demandé qui est le Monstre ou pourquoi un ours polaire… ont encore une chance. Les Américains montrent qu’on peut toujours prendre le train Lost en marche. Ils étaient plus de 12 millions devant ABC, mardi soir, pour le démarrage de la sixième et ultime saison de la série. Ce n’est pas un record. Le même soir, la série NCIS a comptabilisé 19 millions et American Idol (l’équivalent de Nouvelle Star) 24,7 millions de téléspectateurs. A ses débuts, Lost faisait mieux (15,6 millions en moyenne sur les deux premières saisons), mais le score de ce début de saison 6 représente tout de même une belle progression par rapport à la fin de saison 5, qui n’attirait plus que 9 millions de fidèles. Vu surtout la grande complexité de cette série, qui défie tout à la fois les lois du temps, de la nature, de la physique et de la narration, comme le résumait le Los Angeles Times mercredi, on ne peut qu’admirer l’audace de tous ceux qui la prennent en vol. Nous ne révélerons pas l’intrigue, il faudrait un annuaire, et ceux que cela presse peuvent aller sur le site de TF1 Vision, payer 1,99 euro pour télécharger chaque nouvel épisode, en VO sous-titrée, dès le lendemain de la diffusion aux Etats-Unis [iTunes propose également ce type de service en France depuis peu, ndlr]. Juste ceci, inclus dans le prix de Libération : après les va-et-vient temporels de la saison 5, la saison 6 fait plus fort encore : le dédoublement du temps. L’avion s’est bien crashé… et ne s’est pas crashé. Pour les fans, qui depuis deux jours inondent les forums Lost de recensions, c’est un régal. « Lindelof et Cuse [les deux producteurs, ndlr] ont fait ça de façon juste aussi excitante et riche en rebondissements que je l’espérais, tout en me rendant encore plus perplexe que je l’étais auparavant », se délecte Myles McNutt, sur le blog Cultural Learnings. Le grand art de cette nouvelle saison est d’apporter enfin quelques réponses. On apprend, dès le premier épisode, qui est le Monstre. Mais ce n’est que pour faire place à encore plus de nouvelles énigmes. Sur Lostpedia, l’encyclopédie en ligne consacrée à la série, on comptait hier des dizaines de nouvelles questions sans réponse, telles que : « Pourquoi l’île était-elle immergée ? »,« Qui sont les autres dans le Temple ? »,« Tout ce qui s’élève finit-il par converger ? » ou : « Le paradis ? » Comme toujours avec Lost, les philosophes se régalent. Sur le site Mediaelites, Luke de Smet relève que cette saison serait dédiée à Kierkegaard et son questionnement sur le choix. Chez A.V. Club, Noel Murray suggère quelques autres pistes de réflexion : « Les hommes peuvent-ils changer leur destin ? Les règles peuvent-elles être brisées ? Les modèles dérangés ? » La saison 6 promet son nouveau lot de maximes, dont celle-ci : « Rien n’est irréversible. » Ce sera parfait pour imprimer sur les tee-shirts, relève Mary McNamara, du Los Angeles Times. Même pour les plus endurcis, cette saison pose des défis… qui peuvent finir par fatiguer. Ce début « remet en cause tout ce que nous pensions savoir de l’univers de Lost », soupire, sur le blog Zap2it, un fan qui dit avoir vu cinq fois chacune des cinq précédentes saisons… « Cela heurte vraiment mon énorme ego de le dire, mais j’ai trouvé cet épisode encore plus déroutant qu’un Rubik’s Cube. Et je ne vois pas les couleurs ! » confie ce fan, qui aurait peut-être besoin de débrancher sa télé. Carlton Cuse et Damon Lindelof, les producteurs, promettent que la dernière saison maintiendra le suspense jusqu’au bout, et même au-delà : « Ceux qui apprécient le voyage plus que l’arrivée à destination seront sans doute plus satisfaits que ceux qui veulent arriver au but », prévient Carlton Cuse. Aaron Barnhart, du Kansas City Star, résume l’essence de la série : « Avec Lost, on pense toujours que cela va commencer à faire sens. A tout moment, maintenant. Alors, on continue à regarder. C’est brillant, vraiment. » Courage, il ne reste plus que dix-huit épisodes. Paru dans Libération du 05/02/10
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