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Chantal Brunel

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mercredi 29 avril 2009 10:20

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La pensée éparpillée par la Toile

Selon le journaliste Nicholas Carr, l’usage intensif d’Internet modifierait nos comportements de travail intellectuel et dégraderait nos capacités cognitives.

par Frédérique Roussel

tags : Google , étude

CC skpy

« Google nous rend-il stupide ? » L’article publié dans la revue The Altantic en juillet-août 2008, a fait débat. Au-delà du titre provocateur, son auteur, Nicholas Carr, aussi blogueur, décrivait comment il avait le sentiment que l’usage intensif d’Internet avait transformé son cerveau, particulièrement sa manière de lire. L’ancien rédacteur en chef de l’Harvard Business Review prépare un livre sur les conséquences intellectuelles et sociales d’Internet. S’il lui reconnaît de nombreux avantages, il incite à être vigilant par rapport à ce que cette révolution implique sur nos comportements.

Pourquoi votre article a-t-il eu un tel retentissement ?
Les changements intellectuels que je décris sonnent juste pour beaucoup de gens. Ils ont senti, comme moi, que plus ils utilisent Internet, moins ils sont en mesure de s’asseoir et de lire ou de penser profondément. Leur capacité de concentration s’effiloche. Dans mon cas, au bout de deux ou trois pages, je m’agite et je cherche autre chose à faire. Par ailleurs, Internet a toujours été l’objet de débats sur le rôle des technologies dans nos vies et sur la nature du progrès. Le Net a encouragé des visions utopistes chez certains et des visions dystopistes chez d’autres. J’ai suscité de vives réactions de la part des deux camps.

La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte selon vous. Comment l’expliquez-vous ?
Au cours des dernières décennies, les neurologues ont découvert que le cerveau des primates, y compris les humains, est caractérisé par un degré élevé de neuroplasticité. Nos circuits neuronaux s’adaptent facilement aux nouvelles situations, l’usage des nouvelles technologies en fait partie. Ce que le Net produit, c’est une modification de nos esprits pour les rendre plus aptes au traitement de nombreux petits morceaux d’information, rapidement et simultanément. On attend désormais les informations comme elles sont fournies. Comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Mais ce que nous semblons perdre, c’est la capacité pour la lecture profonde, compétence que nous avons acquise quand nos cerveaux se sont adaptés à une autre technologie de l’information, le livre, il y a des centaines d’années. De nombreuses études montrent que l’hypertexte, le multimédia et les interruptions inhérentes au Web rendent plus difficile la concentration, la mémoire à long terme, la compréhension et la synthèse de concepts difficiles. Je pense que toute technologie de l’information, ou média, non seulement restructure notre pensée, mais tend à restructurer nos cerveaux.

Vivons-nous une mutation cognitive ?
Nous expérimentons toujours des mutations cognitives, c’est inhérent au fonctionnement cérébral. Le processus paraît particulièrement intense en raison de notre dépendance croissante à l’égard d’ordinateurs en réseau fournissant des flux d’informations sans précédent. Notre conscience s’amollit et nous commençons à perdre notre profondeur culturelle, en tant qu’individus et en tant que société.

Que craignez-vous ?
A mesure que nous devenons de plus en plus dépendants d’Internet, nous commençons à penser sur les mêmes schèmes, sur les mêmes modèles de fonctionnement. A mesure que nous nous servons des ordinateurs comme intermédiaires de compréhension du monde, je crains que notre propre intelligence ne devienne artificielle.

Paru dans Libération du 28 avril 2009


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