« Call of duty », maître de guerre
par Olivier Séguret
Le film de guerre à l’école de Duty. DR
La coïncidence n’a rien de prémédité, mais elle fait signe : deux énormes blockbusters sortent mardi mondialement, chacun dans sa catégorie : le film 2012 de Roland Emmerich et le jeu vidéo Call of Duty Modern : Warfare 2, développé par le studio Infinity Ward pour le compte de l’éditeur mammouth Activision. Cette juxtaposition globale et simultanée exprime assez bien un certain état des choses à propos de deux industries siamoises et concurrentes, complémentaires et ennemies, vouées à comparer leurs ressemblances comme leurs altérités réciproques. Si l’on ne peut préjuger de l’impact et du succès du film catastrophe 2012, on peut en revanche parier sans risque sur un triomphe commercial sans précédent pour le jeu de guerre, dont les gamers abrègent le titre incontinent en CoD MW 2. Grâce au système des précommandes et des mises en place d’office chez les plus grosses enseignes, tous les analystes lui prédisent d’être le titre le mieux vendu de l’année 2009. Le jeu est d’ores et déjà assuré de profiter du plus gros lancement jamais organisé dans sa catégorie, des responsables d’Activision ayant récemment déclaré qu’il « éclipsera non seulement tous les autres lancements de jeux, mais aussi ceux des films ou de toute autre forme d’entertainment ». Selon l’analyste vedette Michael Pachter, le jeu pourrait rapporter 500 millions de dollars (333 millions d’euros) la première semaine et s’écouler à 10 millions d’exemplaires en un trimestre. Sixième volet de la série Call of Duty, qui n’a cessé de gagner en popularité depuis son apparition en 2003, CoD MW 2 plonge le joueur dans un FPS (tir à la première personne) explosif où il rejoint une task force internationale liguée contre des rebelles nationalistes russes qui menacent de mettre le feu nucléaire à la planète. Superproduction dont les coûts de développement sont tenus secrets, le titre est aussi une démonstration technique assez intimidante des capacités graphiques et photoréalistes atteintes par le jeu vidéo. A certains égards, un titre comme CoD MW 2 en remontre au cinéma sur un terrain qu’il a un peu laissé en friche : le film de guerre classique. Il remplit à sa manière la fonction autrefois occupée par certains genres dits de série B, mais remis au goût du jour et auxquels on donne des moyens colossaux. Symptôme éloquent, on trouvera sur Premiere.fr cette définition de CoD MW 2 : « Plus qu’un jeu, mieux qu’un film, un nouveau standard. » La formule reste tout à fait mystérieuse, mais elle a aussi quelque chose de vrai. C’est exactement ce genre de trouble identitaire qui se joue aujourd’hui aux confins des expériences filmique et ludique. Trois cinéastes que l’on pourrait identifier comme appartenant à une génération gamer ont jeté pour nous un œil à CoD MW 2 : Xavier Gens (Frontières, Hitman), ainsi qu’Alexandre Bustillo (ex-journaliste à Mad Movies) et Julien Maury, tous deux coréalisateurs d’À l’intérieur. Paru dans Libération du 10 novembre 2010
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